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C'est le bordel à Kaboul / Mise en perspective

 
  Scènes d'émeutes à Kaboul.
    Libé du lundi 29 mai
   
    "Kaboul était secouée de scènes d'émeutes lundi, qui ont provoqué la mise en place d'un couvre-feu jusqu'à mardi 23h30 GMT. Des affrontements entre civils et forces de l'ordre ont fait au moins sept morts et des dizaines de blessés.
C'est un accident de la route mortel, impliquant un camion des forces américaines qui est à l'origine de la vive poussée de tension. Selon un communiqué de l'état-major américain, l'accident s'est produit dans la matinée, tandis que le camion, circulant en convoi dans la capitale afghane, a percuté une dizaine de voitures, tuant au moins une personne. Une foule en colère s'est aussitôt rassemblée autour du convoi, jetant des pierres et explosant des vitres. Toujours d'après le rapport rendu public par les forces américaines, des soldats américains encerclés auraient tiré en l'air pour se dégager, bientôt imités par la police afghane arrivée sur les lieux.
Selon certains témoins, cités par les agences de presse sur place, les soldats américains et afghans, pris de panique, auraient aussi tiré directement sur la foule. Un correspondant de Reuters, présent sur les lieux, a vu un homme tué par balle et plusieurs autres blessés. Avant que les autorités n'avancent le chiffre de sept morts. Le président Hamid Karzaï a aussitôt lancé un appel au calme."



    Contre les idioties qu'on raconte sur l'Afghanistan par  Loris Campetti
    A lire ici

Gino Strada, le fondateur de Emergency (Ong italienne qui opère en particulier dans le domaine médical et chirurgical dans des zones en guerre, et dans les camps de réfugiés, ndt), parle de l’Afghanistan sous occupation et demande le retrait des troupes.


    "
L’Afghanistan a changé, nous dit-on, il est en train de renaître après l’arrivée de l’armée du bien.
Hors de Kaboul rien n’a changé, la présence je ne saurais pas dire si c’est des talibans ou des pashtoun, se renforce dans tout le pays. Bien sûr, Kaboul a beaucoup changé. Elle est devenue plus violente, la criminalité est au zénith. Dans nos hôpitaux nous n’avions jamais soigné autant de gens poignardés. Les prix des maisons ont décuplé, le coût de la vie quintuplé. La pollution en ville est telle que les gens circulent avec des masques comme le personnel médical dans les services hospitaliers. Et puis, il y a une autre guerre qui a éclaté : chaque jour, il y a en moyenne cinq enfants qui meurent sous des engins militaires. Pour la première fois à Kaboul, la prostitution a fait son apparition.
Comme à Belgrade après la guerre humanitaire.
La prostitution est un trousseau apporté par chaque guerre.

Que font nos troupes à Kaboul et combien nous coûtent-elles ?
En cinq ans à peu près, elles ont opéré sous divers sigles, mais toujours avec le même objectif : donner un coup de main à la mission américaine. Nos soldats font des patrouilles avec des mitraillettes prêtes à tirer ou restent enfermés sur les bases. Ça nous coûte plus de 300 millions d’euros rien que pour la partie militaire de la mission. A Emergency nous avons trois hôpitaux qui nous coûtent 6 millions d’euros, pense à ce qu’on pourrait faire avec tout cet argent. Les Italiens sont à Kaboul aussi pour des raisons « pacifiques » : avec ce qu’il en est de la justice en Italie nous sommes en train de reconstruire la nouvelle justice afghane (voir en fin d’article, ndt).

Mais maintenant les femmes peuvent voter.
Tu sais comment on vote en Afghanistan ? Chez nous à l’hôpital, le personnel afghan a fait un concours pour qui arriverait à voter le plus. Celui qui a gagné avait mis 17 votes dans les urnes. Le deuxième candidat après Karzaï, Qanouni, qui est président du parlement maintenant, m’a parlé de bulletins agrafés par 100 « pour faciliter le scrutin ». Les bulletins de Kandahar étaient transportés à Kaboul par les marines.

(...)

Ce serait irresponsable, nous dit-on, d’abandonner l’Afghanistan. Ce serait le chaos.
On risquerait un chaos ? Mais est-ce possible d’avoir un pire chaos là où, que ce soit Kaboul ou Nassiryia, un enfant se bourre d’explosifs et se tue pour tuer d’autres personnes ? Tant qu’il restera un seul soldat étranger en Irak ou en Afghanistan la situation ne pourra qu’empirer. A Bagdad, il faudra au moins trente ans, non pas pour revenir à la normalité ou à la démocratie, mais pour revenir à l’époque de Saddam Hussein."

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