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RDC - Une opération de maintien de la paix

Texte provisoire

LE PRIX DE LA PAIX de Paul Cowan – Retour sur une opération de maintien de la paix

Septembre 2003. La République Démocratique du Congo panse ses plaies à l’issue d’une guerre civile qui a fait 3 millions de mort. L’ONU, pourtant, craint un nouveau Rwanda.

Si la capitale Kinshasa est pacifiée et sous l’autorité de Joseph Kabila, l’Ituri, province de l’est du pays est aux mains de seigneurs de guerre. Répartis en six milices paramilitaires abondamment armées, ces « Lords of war » sèment la terreur et la mort au sein de populations locales déjà exsangues. L’enjeu ? Le contrôle des mines d’or et de diamant. Les richesses régionales s’échangent contre des kalachnikovs. On fabrique des machettes à partir de pièces détachées de voiture.

Dans cette zone de non droit, on trouve de nombreux rwandais, anciens officiers et soldats de l’armée gouvernementale Hutu, responsable du génocide des Tutsi en 1994. L’armée ougandaise, appelée à la rescousse, est corrompue : elle alterne actions musclées de stabilisation, pillages et exactions. Devenue simultanément indispensable et indésirable, elle est la bête noire de l’ONU. Pour rendre possible son retrait sans que l’Ituri sombre dans le chaos, il faudrait déployer des forces de maintien de la paix.

Paul Cowan, un réalisateur canadien, a fait pendant deux ans la navette entre le Département des Opérations de Maintien de la Paix de l’ONU et le lieu des massacres : des gratte-ciels new-yorkais aux camps de réfugiés misérables, des difficiles tractations avec le Conseil de Sécurité de l’ONU à la pénible réalité d’un terrain de jeux morbides. L’enjeu est double : les hommes et femmes du Département, en liaison avec la MONUC chargée sur place de coordonner la mission, sont personnellement responsables de prises de position, de décisions qui peuvent s’avérer dramatique. Le Conseil de Sécurité de l’ONU est caution. C’est lui qui décide au final de suivre ou non leurs recommandation. A travers eux, c’est l’ONU dans son ensemble qui met en jeu sa crédibilité. Il en est ainsi à chaque nouvelle opération. 

Pénétrer les dessous du « machin », c’est comprendre : les luttes de pouvoir, la force d’inertie, le manque de moyens, le poids des échecs passés, les traumatismes, les enjeux diplomatiques, et les erreurs d’appréciation, parfois.

C’est ainsi que l’on prend conscience – on le savait déjà, en théorie - du fait que la « communauté internationale » est une entité introuvable, et que l’Organisation des Nations Unies, loin d’être une institution supra-nationale, indépendante et toute-puissante, n’est que la triste somme des ses membres. Mêmes pas unis. Concernés ou pas. Aux intérêts divergents. Et c’est eux, pour les responsables du Département des Opérations de Maintien de la Paix, confrontés quotidiennement à l’horreur, qu’il s’agit de convaincre.

Comment ? Il existe des précédents qui ont plus de poids que tout scénario d’avenir. Savoir jouer sur la culpabilité, désamorcer les traumatismes, c’est faire pencher la balance dans un sens ou dans l’autre. Pas Srebrenica à nouveau, pas de nouveau Rwanda, ne plus s’en laver les mains, ne plus les avoir sales d’ailleurs. Le lourd « investissement » demandé se justifie. Non, il ne s’agit pas de mettre le Congo sous perfusion. Oui, les congolais eux-mêmes, dans un pays finalement pacifié, seront libres de et aptes à prendre leur destin en main. Eviter des massacres, ce n’est pas faire reculer les meurtriers pour mieux les laisser sauter. Il n’est pas question d’enlisement. Non, le Congo n’est pas la Somalie.

Alors, surtout, il s’agit d’apporter des garanties. De définir une stratégie. On est dans le pari, dans la probabilité, dans la prise de risque. On avance à tâtons, dans le documentaire, dans l’histoire, et au rythme du Département.

Les compromis sont douloureux :

Faut-il demander à l’Ouganda de retirer son armée alors que l’arrivée de casques bleus, leur origine et leur nombre, est encore incertaine ?

Faut-il négocier avec les miliciens un dépôt des armes ? Sous quelles conditions ? Faut-il reculer quand dans le village où l’on négocie finalement, on trouve en avertissement le corps d’une fillette éventrée à la machette ?

Faut-il proposer à Thomas Lubanga, chef de milice sanguinaire connu comme le loup blanc, un poste gouvernemental pour l’inciter à quitter la province pour la capitale? Cela permettra-t-il de porter un coup fatal à son organisation ?

Faut-il autoriser la France à sécuriser une ville aux dépends du reste de la région, aux risques de voir affluer des dizaines de milliers de réfugiés dont on sait qu’on n’a les moyens ni de les nourrir ni de les protéger ? Faut-il renoncer à sécuriser cette ville, sous prétexte qu’aucun autre pays n’a accepté de fournir des troupes pour contenir le reste de l’Ituri ?

Bien sûr, de scénarios en fausses pistes, de négociations en trahisons, d’avancées en revers, les tractations s’éternisent. C’est là que l’on apprend que les Etats-Unis refusent d’apporter leur soutien financier – indispensable – à ces opérations parce, disent-ils, « le Congo est le problème de la France, et la France n’a pas soutenu les Etats-Unis dans leur guerre en Irak ».

Pendant ce temps, les populations civiles se font découper à la machette.

Il faudra le massacre de Bunia ( plusieurs centaines de mort, 10 000 familles déplacées selon les observateurs internationaux) pour que l’Uruguay (oui, l’Uruguay !) accepte de mettre quelques centaines de casques bleus à disposition. Et le massacre de deux d’entre eux pour que la France, grande attendue, enfin, prenne le commandement pour trois mois d’un bataillon de 1 850 hommes, armé et aux mains déliées.

Et des avancées symboliques – des trêves non tenues, des traités de paix sans conséquence – pour que l’ONU finalement, vote l’envoie d’une force de quelques 16 000 soldats originaires du Bangladesh, de l’Inde et du Pakistan.

Les opérations de pacification, le désarmement des milices peuvent commencer. Pour l’Uturi, c’est la fin du règne de la terreur.

S’ouvre une fenêtre de reconstruction. Il faudra réintégrer dans une société traumatisée des anciens combattants, de nombreux enfants soldats, refonder un état de droit, organiser des élections, et sortir le pays du marasme économique dans lequel il s’est enfoncé.

Derniers évènements :

Les élections présidentielles qui auraient du avoir lieu en août 2005 ont été repoussées à juin 2006.

A l’heure d’aujourd’hui, on compte trop de candidats pour la présidentielle et pas assez aux législatives : Alors que 35 candidatures à la magistrature suprême et seulement 334 candidatures aux législatives ont été enregistrées pour l'ensemble du pays, le dépôt des candidatures pour les élections est prolongé de dix jours. Les élections pourraient être à nouveau reportées, d’autant. Ce qui nous mène à juillet 2006 (merci Coppi).

Le 17 mars 2006,  Thomas Lubanga, « un important chef de milice » de la région de l'Ituri en République Démocratique du Congo est transféré à La Haye après un an d’emprisonnement à Kinshasa. Il comparaît pour la première fois devant la CPI le 21 mars.

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